BASF SE est un groupe allemand, l’un des tout premiers producteurs mondiaux de produits chimiques par le chiffre d’affaires.
Fondée en 1865, l’entreprise transforme des matières premières, encore très majoritairement fossiles, en milliers de substances qui irriguent presque toutes les autres industries : plastiques et polymères, intermédiaires chimiques, catalyseurs, solutions pour l’agriculture, la construction ou les cosmétiques.
Avec 59,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et environ 108 000 salariés, BASF exploite plus de 230 sites de production dans le monde, pilotés depuis Ludwigshafen, en Allemagne. Le groupe s’est récemment recentré sur la chimie : il a cédé sa participation dans l’activité d’exploration pétrolière et gazière Wintershall Dea et engagé la sortie de son activité de revêtements (Coatings).
Focus industriel
La chimie occupe une position singulière dans l’industrie. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA), c’est le premier consommateur d’énergie de toute l’industrie, mais seulement le troisième émetteur direct de CO₂ : près de la moitié de l’énergie qu’elle consomme n’est pas brûlée, mais incorporée dans les produits comme matière première. Environ un quart de ses émissions provient des réactions chimiques elles-mêmes, indépendamment de l’énergie utilisée.
Décarboner la chimie est un préalable à la décarbonation des autres secteurs : elle se situe en amont de presque toutes les chaînes de valeur.
BASF agit dans ce contexte. En 2025, 36 % de son électricité provenait de sources renouvelables, contre 26 % un an plus tôt, et le groupe publie son empreinte carbone complète depuis 2008. Pourtant, face à une conjoncture dégradée et à des coûts de l’énergie élevés en Europe, il a ralenti le rythme de sa transformation : les investissements qui lui sont dédiés ont été ramenés à environ 1,2 milliard d’euros pour la période 2026-2029.
Exemple concret de rationalisation des ressources
L’illustration la plus tangible du principe « faire mieux avec moins » chez BASF est le Verbund : son réseau de sites intégrés. Sur ses six grands sites Verbund, qui concentrent plus de la moitié de sa production, les sous-produits d’une usine deviennent la matière première de la suivante, et la chaleur dégagée par un procédé sert d’énergie à un autre atelier. Presque rien ne se perd.
Le système est ancien, éprouvé et déployé à l’échelle industrielle, ce qui le distingue des promesses technologiques restées au stade pilote. En 2024, la combinaison du Verbund énergétique et de la cogénération a permis d’éviter 6,1 millions de tonnes de CO₂ par rapport à une production équivalente sans intégration.

Cet exemple appelle toutefois une lecture critique. Ces 6,1 millions de tonnes sont des Émissions évitées (scope 4)Réductions d'émissions permises chez des tiers par un produit ou un service, par exemple la matière recyclée qui remplace une matière vierge. Selon la méthodologie de Chloé in the Sky, elles se présentent séparément et ne se soustraient jamais des émissions propres. : un écart calculé face à un scénario théorique, et non une baisse des émissions réelles. Surtout, le Verbund optimise l’efficacité d’une production dont le socle reste fossile : la vapeur et l’électricité que BASF génère elle-même proviennent encore très majoritairement du gaz naturel. Le Verbund réduit l’énergie et la matière nécessaires à chaque tonne produite. Il ne change pas la nature de cette matière.
L’avis de Chloé in the Sky
La chimie est un secteur essentiel : sans elle, presque aucune autre industrie ne fonctionne. Chloé in the Sky retient un acteur chimique dès lors qu’il est indispensable et engagé dans une trajectoire mesurable.
BASF réunit ces deux conditions. Le groupe a cédé son activité pétrolière et gazière, publie son empreinte carbone depuis 2008, et a ramené ses émissions directes, celles de ses usines et de l’énergie qu’elle achète, de 17,0 à 16,1 millions de tonnes de CO₂ entre 2024 et 2025.
Trois points de vigilance conditionnent ce maintien : une part de cette baisse tient à une production en repli plus qu’à la décarbonation ; le « net zéro émissions » visé en 2050 dépend de technologies encore immatures et les investissements de transformation ont été ralentis ; enfin, BASF affronte aux États-Unis un litige de masse lié aux polluants éternels (PFAS), hérité d’une activité d’une société rachetée en 2009. La présence en portefeuille suppose une baisse continue et vérifiable de l’intensité carbone.